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#32 Ma seule certitude est l’incertitude

Il me vient l’idée de témoigner car j’ai longtemps pensé que mon cas était isolé mais en fait, il n’en est rien.

J’ai grandi dans une famille adoptive malsaine, violente et déséquilibrée. Famille qui passait bien car elle avait de l’argent. Et qui m’a souvent répété que je leur appartenait, car je leur avais coûté cher.

Je n’ai jamais été cru pour mes témoignages de maltraitance, on me remettait toujours en question en disant que je faisais une crise existentielle à cause de mon adoption. Il n’en était rien. Le sain statut des parents adoptifs et de leur « parcours du combattant » les a protégés de tout. Il a fallut attendre un très grave incident avec eux pour que je sois enfin prise au sérieux, après 20 ans…

Lorsque que j’ai entrepris mes recherches auprès de l’ASE et du CNAOP, j’ai appris que mon identité n’était que mensonge. Faux lieu de naissance, date de naissance incertaine, prénom et nom donné par un illustre inconnu. Et aucune explication sur le fait que de tels adoptants ai pu soudainement obtenir un enfant. Le tout en France, sous la belle et altruiste image du sauvetage d’un enfant abandonné.

J’ai aujourd’hui 24 ans, je ne sais rien de mon identité, je ne sais rien des personnes qui ont contrôlé mon destin. Je ne sais pas si ma famille biologique me recherche, car celle-ci n’aurait aucun moyen de connaître mon identité officielle.

Je porte le nom de personnes qui m’ont détruites et n’ai aucun droit de porter mon nom de naissance.

Je recherche actuellement ma famille et d’éventuelles preuves de corruption/achat (ce qui est monnaie courante dans ma « famille » adoptive).

Ma seule certitude est l’incertitude et mon identité demeure un vaste mensonge. Tout cela, car une administration et des personnes ont décidé de ma vie. Je ne sais pas ce que c’est d’avoir une mère, ni un père. Je ne connais que l’abandon et l’insécurité.

Je ne sais pas qui est la personne que je vois dans le reflet de mon miroir. Je ne me reconnais pas. Je ne vois que le vide, je ne me suis jamais trouvée.

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#17 J’en souffre de cette indifférence , j’aimerais que ça change !

À chaque fois que je reçois une photo de ma mère, et que je vois toute la souffrance qu’elle a enduré (et auquelle elle fait toujours face aujourd’hui, ) dans ses yeux et son visage, je voudrais tellement pouvoir être à ses côtés et la serrer bien fort dans mes bras, envoyer un peu de chaleur, effacer sa peine et changer sa situation.

Et puis je me souviens, je n’ai que 18 ans, je suis étudiante, je n’ai pas d’argent. Ensuite, je songe à ma famille, ici, en France. Comme j’aimerais que ma famille adoptive ait aidé et aide ma famille naturelle. Mais je sais que ça n’arrivera jamais.

Depuis que j’ai retrouvé ma famille, mes parents n’ont jamais demandé des nouvelles de ma famille naturelle, ne se sont jamais inquiété de leur situation aujourd’hui. La dernière fois où j’ai fait allusion à la nécessité d’aider ma maman, mes parents adoptifs ont répondu : « Nous donnons assez aux associations dans le monde. Nous ne pouvons aider tout le monde. »

J’en souffre de cette indifférence , j’aimerais que ça change !

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#9 J’en veux à ce système qui a décidé pour moi sans mon consentement.

Je suis né au milieu des années 80 au Brésil. Avec ma sœur jumelle nous étions dans un orphelinat depuis notre naissance. Nous avons été adoptés à l’âge de deux mois et demi par une famille française. Nos parents adoptifs souhaitaient au départ n’adopter qu’un enfant, un garçon. On leur a proposé des jumeaux, une fille et un garçon. Ne voulant pas nous séparer, ils nous ont adoptés tous les deux. Mes parents adoptifs étaient respectivement parent d’un enfant biologique; Ils avaient chacun eu une fille d’une précédente union. Ils les ont élevées ensemble comme deux sœurs. Leurs filles avaient environ le même âge, et une vingtaine d’années lorsque ma sœur et moi sommes arrivés dans cette famille. Elles avaient quitté le foyer familial et étaient en rupture avec leurs parents depuis déjà quelques années. Nous n’avons donc pas été élevés avec elles et ne les avons pas non plus côtoyées. Mes parents adoptifs venaient de remplacer leurs filles biologiques par deux enfants adoptés. Nous avons par ailleurs, été très bien acceptés par le reste de la famille (grands-parents, oncle, tante,…). J’aimais beaucoup ma grand-mère « paternelle », dont j’étais très proche.


En France, à l’école mon adoption était connue, les autres enfants me posaient souvent des questions : « Est-ce que tu te souviens de tes vrais parents? », « Pourquoi vous ont-ils abandonnés? », « Aimerais-tu revoir tes vrais parents ? », « Tu parles brésilien? » ; Des questions que moi-même je ne me posais pas encore. J’ai aussi découvert le racisme, dès l’école maternelle, dans la cour de récréation. Quelques enfants s’en prenaient à nous (ma sœur et moi) en se moquant de notre couleur de peau. Ce n’était que des mots d’enfants, mais nous ne comprenions pas. Dans la rue, les lieux de fréquentations (magasins, restaurants, etc), les regards devenaient pesant; Des enfants de couleurs avec des parents blancs ça attire l’attention, surtout dans certaines régions. Je n’aimais pas ça, je ne voulais pas sortir. J’en avais d’ailleurs parlé à la coiffeuse qui à l’époque s’occupait de ma tignasse bouclée, elle s’était montrée très bienveillante en me disant de prendre ça avec ironie. Nous en parlions aussi toujours à nôtre mère adoptive qui prenait systématiquement notre défense. A cette époque nous étions fusionnels. J’étais proche d’elle et j’avais un grand besoin d’affection de sa part. Je ressentais la peur de l’abandon. Un sentiment prégnant qui m’a accompagné durant toute mon enfance. Je me décollais difficilement d’elle et elle en était comblée. C’était une mère surprotectrice.
Avec mon père adoptif, les rapports étaient plus distants. Je sais qu’il était heureux (du moins au début) d’avoir un fils, mais c’était un homme dur et rigide, avec peu de patience, il s’emportait vite, parfois impulsif et grossier ; Les claques et fessées pouvaient tomber facilement. Il était rempli de rancœur et de colère. J’ai toujours pensé qu’il n’était pas fait pour être père et qu’il n’avait plus l’âge pour l’être. Je n’allais pas facilement vers lui. Je me souviens même, disant que je ne l’aimais pas… Ma grand-mère « maternelle » me disait : « On ne dit pas ce genre de chose de son papa… ». Je ne m’en rendais pas compte, mais je pense que s’il entendait ces mots, ça devait certainement le blesser.
Par la suite, ma mère adoptive est devenue culpabilisante et quelque peu dénigrante; Je me souviens que très jeune, elle nous demandait souvent qui nous choisirions si notre mère biologique venait nous récupérer, sans oublier d’émettre que c’est elle qui avait toujours été là pour nous… Je détestais cette question. Elle nous parlait aussi souvent de notre couleur de peau, de nos cheveux, de notre nez. Elle nous disait que dans ce monde nous n’avions pas de chance d’être noir, que si plus tard nous avions un gros nez, elle nous le ferait refaire, mais que j’avais tout de même de la chance, car je n’étais pas trop « négroïde »… Je crois que c’est à cette époque que j’ai commencé à avoir mes premiers complexes; Je rêvais de devenir blanc comme Michael Jackson et l’idée qu’on refasse mon nez m’enchantait! Ma mère adoptive vacillait entre bienveillance et dénigrement. En grandissant j’ai commencé à me détacher d’elle. Elle devenait très intrusive, cherchait à tout contrôler et nous subissions de plus en plus ses offenses. Dès que j’étais en désaccord avec elle ou contrariant, elle me menaçait de me payer un billet retour pour me renvoyer au Brésil, ou bien de m’envoyer en pension. Je vivais cela comme un éventuel futur abandon. Elle me répétait que j’étais un noir, que j’avais eu de la chance qu’elle veuille bien de moi, car personne ne voulait adopter de noirs (et elle citait ses ami(e)s ayant également adopté des enfants brésiliens, mais bien plus clairs que nous). Que nous les Brésiliens, étions en réalité des Africains; Que j’étais un Africain et que c’était à moi normalement de servir les blancs. Que je devais être plus reconnaissant que « les autres »… Sous-entendu les enfants biologiques. Je précise qu’en plus nous ne sommes pas noirs, mais métisses. Mon père biologique était blanc, information qui avait été donnée à nos parents adoptifs lorsqu’ils sont venus nous chercher à l’orphelinat, mais ma mère adoptive s’obstinait à dire que ce n’était pas vrai.

Je n’en avais pas conscience, mais je subissais au cœur même de mon environnement familial, le racisme.


Je ne me sentais pas en sécurité dans ma famille adoptive, j’avais souvent peur qu’on m’abandonne à nouveau. J’étais un enfant timide, introverti avec des tendances au bégaiement. A l’âge de six ans j’ai eu mes premières pensées suicidaires et à la préadolescence j’ai commencé à avoir des troubles alimentaires. Le début d’une forme d’anorexie qui m’a suivi jusqu’après ma majorité; Je ne supportais pas mon physique, j’ai commencé à être obsédé par mon apparence. A l’adolescence, ma relation avec mes parents adoptifs n’a fait que se détériorer. J’étais moins malléable. Les violences verbales devenaient routinière dans cette maison. Nos parents nous répétaient régulièrement qu’ils regrettaient de nous avoir adoptés, que nous leur devions tout, que sans eux nous ne serions rien, que si ils n’étaient pas venus nous chercher au Brésil, nous serions restés dans notre merde à manger des racines d’arbres… Ils ne faisaient que dénigrer notre pays d’origine, au point que nous faisions un blocage dessus ; Nous ne voulions pas en entendre parler et fuyions le moindre reportage télé sur celui-ci. J’étais de plus en plus souvent rabaissé, ils me disaient que j’étais nul, un incapable, que je ne sortais de rien. Ils m’étaient en doute mes compétences et me dévalorisaient systématiquement. Me faire insulter de « con » par exemple, est une habitude qui s’est vite installée. Ma sœur et moi n’étions pas toujours traité de manière équitable, surtout à cette période. Certains privilèges lui étaient accordés, ce qui avait pour résultat de créer des tensions entre nous et des frustrations. Parfois, les rôles s’inversaient. Avec le recul, je crois que c’était voulu. Nos parents utilisaient souvent le chantage, la culpabilité et les menaces pour nous contraindre à leurs exigences.
De l’extérieur, mes parents adoptifs renvoyaient une image qui suscitait l’admiration; Ils étaient très respectés et irréprochables en société. On me disait que j’avais de la chance, que j’avais tout pour moi… Eux aussi en étaient persuadés. Ils ne se remettaient d’ailleurs jamais en question, ma sœur et moi, nous leur devions tout et ils nous le rappelaient. Notre mère se ventait toujours d’avoir dû payer pour nous avoir… Comme si ça lui offrait un droit de propriété sur nous, un pouvoir illusoire. Puis nous avions un confort de vie matériel, de quoi pouvions nous manquer?… L’adoption était pour eux une démarche humanitaire qui exigeait redevabilité.
Mes parents adoptifs m’ont par la suite emmené voir des psychologues. Ils me répétaient tout le temps que je n’étais pas normal, que j’avais un problème… S’en est suivi quelques entrevues qui n’ont rien donné. Ces consultations se faisaient en leur présence. Quelques années plus tard j’ai été suivi par un psychiatre. Il était pour moi un échappatoire. Je lui parlais principalement de mes tendances addictives d’adolescent et de mon envie parfois de vouloir mourir. Il me parlait alors d’hospitalisation forcée, sans prendre la peine de creuser le pourquoi de cet état. Lors de notre dernier entretien, il voulait que nous abordions pour les séances à venir, mon adoption. C’est là que j’ai décidé de mettre un terme à ces rencontres, lui signifiant qu’il m’avait toujours été d’aucune utilité. Je n’étais en réalité juste pas prêt à aborder ce sujet. Je me protégeais.
Mes dernières années de vie avec ma famille adoptive, pendant ma période lycée, ont été les plus difficiles. Je me sentais complètement détruit. Je pensais quasi quotidiennement au suicide, seule issue qui pouvait s’offrir à moi pour ne plus avoir à les supporter. Je ne voyais aucune solution pour m’extraire de cette situation. La vie, le monde, les autres, plus rien ne m’était supportable. Mes parents ne faisaient que me rabâcher que le monde était dur, que la vie était difficile. Mon père me répétait : « La vie c’est comme une tartine de merde, chaque jour il faut en bouffer un morceau. » que tout ce qu’ils me disaient était pour mon bien. La vie avec eux, n’avait rien de savoureuse.


Toutes ces années d’existence au sein de cette famille ont eu un impact non négligeable sur moi ; Du petit garçon réservé et timide, je suis devenu introverti, puis complexé, au point de ressentir un profond dégoût pour moi-même, jusqu’à façonner mon physique pour gommer au maximum mon reflet originel.


Nos parents se plaignaient sans arrêt de nous. Nous étions les responsables de leur malheur. Nous n’étions jamais assez bien, tout était bon pour nous faire des reproches et pour nous tenir des propos négatifs. Il n’existait aucun échange réel, ils avaient toujours raison et il n’y avait aucune place pour nos choix. Nos ressentis n’ont jamais été pris en considération, ils ne se souciaient pas de ce que nous pouvions éprouver, si bien, que les abus que ma sœur et moi avons subis pendant l’enfance sont passés complètement inaperçus… De quoi pouvions-nous souffrir, puisque nous avions tout? Car avoir tout, n’autorise pas à se plaindre, c’est ce qu’on m’a enseigné.


J’ai toujours eu honte d’avoir été adopté. Un sentiment profond qui est en réalité le fait de ne pas avoir été désiré. C’est l’un des sentiments les plus lourds que je porte en moi. Comment peut-on trouver sa place lorsque l’on n’a pas été désiré ? Comment se sentir aimer lorsque l’on a pas connu l’amour inconditionnel d’une mère? Aujourd’hui encore, bien souvent je tais mon adoption. J’évite ainsi par la même occasion, les questions et remarques maladroites. La première question est toujours celle de l’âge : « A quel âge as-tu été adopté ? ». Et si tu réponds que tu as été adopté bébé, les gens te répondront à coup sûr une phrase de soulagement!
Comme si, être adopté bébé, ne portait pas à conséquence. Ce qui en revient à un mépris des ressentis éventuels et à nier la blessure primitive, ne reconnaissant finalement que la secondaire, celle d’un enfant adopté plus grand, qui seul lui, pourrait être atteint d’une blessure émotionnelle, psychologique, provoqué par l’abandon. C’est très hiérarchisant. Mes parents adoptifs étaient les premiers à nier mes ressentis et s’empressaient de répondre à ma place lorsque le sujet était abordé par un tiers : « Non, il ne se souvient de rien ! Il était trop petit ! ». Et pourtant, le souvenir émotionnel était bien là…
Après, ma première histoire d’amour, qui pour la première fois me faisait me sentir vivant, j’ai essayé d’en finir. Je venais de vivre ce qui avait été le plus intense dans ma vie, tout pouvait donc bien s’arrêter là. Je tenais responsable cette relation tumultueuse de ma tentative de suicide, mais la raison était en réalité bien plus profonde; Cette rupture n’avait été que le déclencheur de l’accumulation de tous mes maux arrivés à débordement. Pendant ma semaine d’hospitalisation, la directrice de l’hôpital et un psychologue sont venus me voir dans ma chambre, ils n’ont vu là qu’un pauvre garçon en plein chagrin d’amour et m’ont menacé à leur tour d’un internement si je recommençais d’attenter à mes jours.
Les dernières semaines dans ma cellule familiale ont été particulièrement conflictuelles, un harcèlement permanent, mais quelque chose s’est éveillé en moi les derniers jours avant que je ne brise mes chaînes (qui n’étaient que psychologiques); Je ne ressentais plus rien pour mes parents adoptifs, j’avais la sensation d’être en face de deux inconnus qui fustigeaient dans le vide. J’étais plongé dans une bulle dans laquelle plus rien ne pouvait m’atteindre. J’étais comme anesthésié. Un jour où j’étais de sortie, je reçois un appel de ma sœur, me disant que ma mère adoptive avait une fois de plus profité de mon absence pour fouiller dans mes affaires. C’était son habitude, dès que je sortais, en bonne mère intrusive comme elle était, elle se permettait de fouiner dans mon intimité. Je vivais cela comme un viol. Cette femme, me considérait encore comme un être immature. Ce jour là a été le déclencheur, j’ai décidé de ne plus rentrer. Jeune majeur, je pouvais enfin déployer mes ailes. Elle a tout de même essayé de me culpabiliser par textos pour que je rentre, en me disant que j’abandonnais ma sœur, qu’il fallait qu’on parle sans colère et sans haine, puis en dernier recours, me menaçant que si je ne rentrais pas à tant, la porte serait fermée pour toujours. Je lui ai répondu que je n’avais plus rien dire à des gens comme eux. Ça a été mon point final dans cette histoire. Pour la première fois de ma vie, je me suis senti libre. Une sensation nouvelle que je découvrais. Je venais de quitter ma prison dorée.
Ça fait maintenant plus d’une dizaine d’années que mes parents adoptifs ne font plus partie de ma vie. Je ne les ai jamais revus, à l’exception d’une fois, environ deux ans après mon départ, je les ai aperçu sur un marché de Noël, à l’autre bout de la France ; Je me suis caché pour ne pas qu’ils me voient. Je ne ressens plus de colère, ni de rancœurs envers eux, et ils ne manquent pas. Plus le temps passe et plus cette histoire me semble lointaine, parfois presque irréelle, j’arrive tout de même à me remémorer les moments joyeux, car oui, il y en a eu aussi, mais je reste navré de tout ce gâchis, qui peut-être, aurait pu être une belle histoire.

Malgré ça, résonnent encore en moi les échos des phrases assassines.


Quant à ma sœur, qui a vécu dans cette même ambiance, elle ne partage qu’assez peu mes ressentis. Elle se montre d’un devoir loyal envers ceux qui pourtant ont été si souvent nos bourreaux. Après plusieurs années d’émancipation, elle est même retournée vivre auprès d’eux. Elle se montre reconnaissante et redevable, estimant même que nous avons eu de la chance. La chance d’avoir échappé à un destin tragique, grâce à une adoption qui nous a apporté la garantie d’une meilleure vie que celle que nous aurions pu avoir en restant dans notre pays d’origine. Une pensée d’ailleurs populaire et dominante véhiculée notamment à travers les médias, reportages télé et autres documentaires, et qu’on nous a systématiquement rappelé. Il y a un mythe autour de l’adoption. L’adoption est encore trop perçue comme une démarche humanitaire qui ne fait que la valoriser. Et attention à ne pas venir contredire cette pensée collective, même en étant le principal intéressé, au risque de passer pour un ingrat et d’être renvoyé à sa souffrance qui serait propre à celle des adoptés en colère et donc relativisée. Nombre de fois ou l’on m’a fait comprendre que je manquais de rationalité, que les conflits familiaux étaient propres à chaque famille, biologique ou pas, que mon histoire, aussi triste soit-elle, aurait pu autant se produire dans une famille de sang. Et par dessus, cette idée stéréotypée, que des gens qui adoptent, ne peuvent pas être complètement mauvais. Tout cela ne fait que renforcer un sentiment de culpabilité.


Aujourd’hui je souffre en silence. Je souffre de cette absence de parents de sang, de ce qui m’a été enlevé, arraché, de ce manque de réponses, de ces incohérences qui auraient fait mon abandon, de tous ces mensonges, d’avoir acquis la nationalité de ce pays d’accueil en perdant à tout jamais celle de ma terre de naissance, de ces organisations administratives qui bloquent ma quête identitaire, de mes demandes d’accès aux informations sur mes origines pour lesquelles je n’obtiens pas de retour.

J’en veux à tout ce système qui a décidé pour moi sans mon consentement.

A mes parents adoptifs qui ont fait le choix de l’adoption plénière, qui exclue l’existence de mes parents biologiques, en rompant tout contact et tout lien de filiation avec eux. Une décision irrévocable, qui juridiquement est approuvée puisqu’elle fait l’objet d’un jugement, qui est précédé de l’obtention d’un agrément, garantissant les exigences légales pour adopter dans l’intérêt de l’enfant. Ses conséquences ne m’auront été pourtant que préjudiciables. Vient s’ajouter à cela, cette double peine, celle de ne pas être considéré comme un « vrai Français », ni comme « un vrai Brésilien ». N’avoir aucune légitimité aux yeux des autres et à la moindre occasion, d’être renvoyé à ma couleur de peau. Je me demande aussi si porter un prénom français est une chance? De part mon type ethnique et mon lieu de naissance, le fait d’avoir un prénom français étonne et interroge souvent. On me soupçonne même parfois de mentir sur celui-ci et je suis contraint de prouver sa véracité. Ma sœur, elle, n’a pas cet obstacle, puisqu’elle porte un prénom portugais, donc en lien avec nos origines.
Être un individu adopté, n’est pas juste un détail de mon histoire, ça a bouleversé l’intégralité de ma vie, ça influence mes choix et décisions, jusqu’à s’immiscer dans mes rapports aux autres : attitudes, sentiments, ressentis, réactions; Beaucoup de choses de la vie quotidienne me renvoient à cet état, consciemment ou pas. C’est enfermant. Puis il n’est pas évident de se faire comprendre et de demander aux autres de faire cet effort. Ma blessure narcissique et mes troubles de l’attachement/abandon influent encore insidieusement dans ma vie actuelle et personnelle. J’essaye de faire un travail perpétuel sur moi-même. Ma famille adoptive a tant été pour moi une source d’angoisse et d’anxiété permanente, qu’elles en sont devenues des troubles, qu’aujourd’hui je m’efforce de temporiser.
J’ai mis longtemps avant de pouvoir mettre des mots sur mon vécu. Il m’a fallu recul et introspection pour comprendre que ce j’avais vécu n’était pas acceptable. Je partage aujourd’hui mon histoire en revenant sur certains mots/maux pour montrer l’envers du décor qu’il peut y avoir derrière l’adoption. La parole est si peu donnée aux adoptés qu’il est nécessaire aujourd’hui d’une prise de conscience sur ce que peux infliger l’adoption internationale, tant sur les conséquences du déracinement, que du lien parents enfant qui peut ne jamais se faire.


Je termine mon récit par cette citation que j’aime beaucoup de Marcel Pagnol :
« Telle est la vie des hommes. Quelques joies, très vite effacées par d’inoubliables chagrins. Il n’est pas nécessaire de le dire aux enfants. » Le château de ma mère.

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#7 Aujourd’hui la seule chose qui a changé dans ma vie c’est d’avoir quatre parents, et d’être pleinement heureuse dans ma double identité Franco-Colombienne.

Adoptée de Colombie, je souhaite partager mon expérience, sur les bons moments et aussi les moments de détresse, de racisme.

Je suis née à 2600 mètres d’altitude dans les montagnes, d’un couple qui ne pouvait pas m’accueillir au sein de leur cellule familiale. Et je me suis donc retrouvée en pouponnière jusqu’à mes 2 mois et demi, avant que ma famille adoptive ne vienne me chercher. Et cet autre couple, dès notre première rencontre, je leur en fait voir de toutes les couleurs.

Je ne m’alimentais pas suffisamment, en trois jours je n’avais vu qu’un biberon, et ma mère adoptive était désespérée. Un soir pour sortir entre couples adoptants, une nourrice de l’orphelinat est venue s’occuper de nous. Ma mère a expliqué la situation, la nourrice a répondu que je les testais déjà, et qu’il fallait me réveiller plus pour me nourrir. En effet, un bébé tout comme un enfant apprivoise un parent, ce n’est pas plus facile, ce petit être a vécu un traumatisme, et seul le temps le guérira. Cela a été la première expérience de ma mère adoptive avec ce que ressentait un enfant adopté.

Puis, la famille s’est agrandie, une deuxième petite sœur, et nous nous sommes construits.Nous étions dans la campagne profonde d’une France rurale, et dans la rue nous avions eu la chance d’avoir une famille franco-sri-lankaise qui apportait un peu de couleur dans ce paysage. Car oui l’adoption c’est aussi un déracinement de sa culture d’origine. Et même du haut de quelques années, on comprend vite qu’on n’a pas la même couleur que nos parents adoptifs. Mais surtout que dans les années 2000 il y avait un manque crucial de représentations des minorités. Donc nous avons grandi avec Dora, les mystérieuses cités d’or, et avec un contact limité de la Colombie, ce qui s’est révélé dur dans l’absolu, où les liens avec la Colombie étaient rompus. De plus, nous avons mesuré ce manque de représentation, lorsqu’une petite cousine dans la famille de notre père avait fait une remarque à ma mère. En effet, la petite était contente d’avoir enfin dans la famille des petites cousines qui seraient de couleur avec des peaux dorées. C’est là que ma mère adoptive a compris, que cette petite cousine métisse, qui grandissait dans notre famille blanche, elle n’avait pas eu d’autre personne de la même couleur qu’elle. Une autre fois encore plus surprenante c’est à un de mes anniversaires que j’ai demandé à mes parents, sans grande explication que je souhaitais un poupon « noir » car je voulais un jouet qui ait de la couleur. Mes parents avaient remué ciel et terre pour en avoir un pour cet anniversaire.

Une nouvelle fois mes parents avaient mesuré l’impact de vivre dans un monde où les minorités devaient trouver leur place dès le plus jeune âge.

Maintenant la période de l’entrée à l’école, là aussi sur un ton humoristique, en maternelle une petite fille m’avait montré du doigt à sa mère « eh maman regarde la petite noire ». Cette anecdote je ne m’en souviens pas, c’est ma mère adoptive choquée qui me l’a racontée. En classe de primaire je me suis prise une nouvelle fois une claque (de façon métaphorique), mais je m’en rappellerai toute ma vie. J’étais avec mes copines, et d’un coup comme ça pour les enfants on ne sait pas pourquoi, elles avaient décrété que je n’étais pas Française, et que je DEVAIS AVOIR des photos de ma mère biologique. Pendant au moins quelques jours, elles me le rabâchaient en boucle, sauf qu’à un moment j’ai craqué et j’en ai parlé à ma mère adoptive, car cela me blessait énormément, surtout de remettre en cause ma nationalité. Mais c’est aussi à ce moment-là quand ma mère adoptive est venue aborder le sujet avec mes copines à ma sortie des classes, pour ma mère biologique. Elle leur a certifié que non elle n’avait aucune photo de ma mère biologique, et que j’aurais le droit de les voir à l’âge adulte .

À ce moment-là précis, je comprenais que je n’étais pas seule que j’avais d’autres racines ailleurs, et qu’une seconde maman m’attendait quelque part. 

Pour le collège et le lycée, là où les adolescents prennent leurs marques il est difficile de faire face à cette situation d’adoptée. Souvent j’esquivais le sujet, comme ça personne ne me prenait la tête, malgré que beaucoup de copains d’école savaient, personne ne racontait la vie des autres. Mais ce sont les remarques racistes dont j’ai été victime qui m’ont profondément blessé. En l’occurrence les adolescents en tant que Colombienne, me reprochaient beaucoup de choses que je juge aujourd’hui racistes. D’une part, je devais sûrement vendre de la cocaïne, que j’étais la fille cachée de Pablo Escobar, et que je devais être une terroriste car je faisais partie des FARC. Drôles de stéréotypes sur ma nationalité, mais qui sont restés jusqu’à mon lycée. Au bout d’un moment j’en ai eu marre de me justifier, surtout qu’entre-temps j’étais retournée chez moi en Colombie. Et tous les stéréotypes n’étaient plus d’actualité, donc en découvrant ma culture j’ai réussi à affronter tout ce « racisme ordinaire » qu’on minimise, que les parents adoptifs disent de répondre par le silence. Mais on ne peut pas rester silencieux face à cet afflux de haine, de stéréotypes et de xénophobie. Et non ce n’est pas parce qu’on est Colombienne qu’on sait danser la salsa, ou parler espagnol couramment. Et ça les gens sont parfois trop curieux, et je ne pouvais que me renfermer dans un certain type de personne, l’adoptée qui était là française chez ses parents. Et une fois le portail franchit, je devenais une Colombienne qui parlait à ses camarades latinos en espagnol, même en cours de sport. Découvrir d’autres personnes Colombiennes au sein de mon lycée m’a doublement aidé, puisque pour la première fois de ma vie je n’étais pas seule. D’une certaine façon, j’ai éprouvé le sentiment d’être deux personnes, et surtout qu’il y avait une charge raciale, cette façon de se conformer à un certain type en fonction de la population, que les personnes transraciales vive.

Maintenant, je peux aborder la question des origines.

Il est vrai que mes parents adoptifs nous ont ramené en Colombie, alors même qu’ils étaient divorcés, pour nous faire connaître notre culture, surtout à nous qui le demandions depuis des années. Et nous sommes partis quelques dizaines de jours, on s’est familiarisé très vite avec notre culture. Sans compter que nous étions plusieurs adoptés qui avaient fait le voyage pour l’anniversaire de l’orphelinat.

Et que ça faisait du bien, enfin je me sentais chez-moi, cette première expérience m’a conforté dans mon esprit que j’avais depuis toute petite, je n’étais pas que FRANÇAISE mais que j’étais bien COLOMBIENNE.

Ici j’ai renoué avec ma culture, réappris la langue du pays, et constaté que je n’avais jamais été aussi heureuse d’être dans un endroit.  La première année de cours d’espagnol avait été dure, puisque je me confrontais à ma culture, mais je n’était tellement pas bien, que la seule façon d’évacuer mes angoisses était de me scarifier. La prof d’espagnol avait expliqué à mon père, que mon refus de parler espagnol provenait du fait que cela remontait des choses inexpliquées, mais des souvenirs douloureux avec sûrement ma mère biologique. Mais mes parents ont tout de suite vu le problème, et avec ce voyage j’avais pu avoir une partie de mes réponses.

Mais, après ce voyage une question restait en suspens, où est ma mère biologique dans tout ça ? Si jamais je ne la croisais et qu’elle ne me reconnaissait pas.  Je n’oubliais pas que j’avais une autre maman, et surtout un autre papa. Ma mère adoptive (qui avait eu l’occasion de voir les photos de mes parents biologiques lors de mon adoption.), m’avait sorti une fois une phrase qui était restée dans ma tête. Vers l’âge de 15 ans elle m’a dit que plus je grandissais, plus je ressemblais à mon père biologique. Allez hop deuxième coup au moral, je me suis rendue compte que je ne voulais pas grandir plus longtemps sans savoir. Le jour des 18 ans est venu est beaucoup de mes amis l’attendaient car ils allaient passer leurs permis, boire, etc… Mais pour un enfant adopté qui devient adulte adopté, c’est toute autre chose on nous permettait pour la première fois dans nos vies, de prendre le contrôle et de voir notre dossier.

Pour des raisons personnelles je ne l’ai fait qu’un an après, par le hasard sur Facebook, j’ai trouvé un profil correspondant à l’un de mes frères, j’étais déçue il ne me ressemblait pas. Et à travers son profil j’ai découvert une photo de lui dans les bras d’une femme. Par miracle je l’ai reconnue, ma mère biologique, elle avait enfin un visage, elle était trop belle. Ensuite j’ai renoué contact avec elle, puis avec mon père et le reste de ma fratrie. Certains parents adoptifs qui me connaissaient depuis toute petite, ne comprenaient pas ma démarche. J’étais là première à l’expérimenter dans notre entourage, il a fallu faire preuve de pédagogie, d’ouverture d’esprit pour leur faire comprendre que non je n’avais pas que deux parents, j’en avais quatre. Ce n’est pas la même relation qu’on a ensemble, mais c’est ce que je souhaitais revoir et comprendre toute mon histoire à travers mes parents biologiques. Pour ainsi être totalement libre de cette histoire d’adoption, et surtout que je ne souhaitais pas que toutes ces questions reviennent sans prévenir, au moment où je donnerais la vie à mon tour.

Aujourd’hui la seule chose qui a changé dans ma vie c’est d’avoir quatre parents, et d’être pleinement heureuse dans ma double identité Franco-Colombienne.

Je viens témoigner aussi surtout rassurer les parents adoptifs aussi, ce n’est pas parce que l’on fait cette démarche qu’on ne vous aime plus, mais qu’on a besoin de se construire. Vos anciens enfants qui sont devenus adultes, sont capables de se construire par le lien biologique aussi, mais n’oublient pas le lien adoptif.