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témoignages

#25 Des morceaux de traumatismes accumulés.

Je suis née en Polynésie Française et est été adoptée à ma naissance. Ma mère biologique (c’est comme cela que je l’appelle) a rencontré ma maman lorsque j’étais encore dans son ventre. Ma maman a longuement parlé avec ma mère biologique afin de s’assurer qu’elle soit sûre de vouloir que je sois adoptée. La différence avec l’adoption polynésienne (culturellement) est que lorsque l’enfant a été adopté, les parents adoptifs reviennent dans le pays, et les parents polynésiens ont le droit de reprendre leur enfant. [Bien évidemment il y a très peu de parents (qui adoptent de façon plénière) qui font la démarche de revenir lorsque leur enfant a deux ans]. Ma maman l’a fait.

Je suis arrivée en France à l’âge de 15jours. Donc apriori je n’en n’ai aucuns souvenirs. Pour revenir sur le fait que l’adoption est féministe. Je suis plus ou moins d’accord sur ce sujet. Ma maman a porté ce projet, et est venue me chercher seule, sans mon père. Je suis retournée en Polynésie à mes 2 ans. Ma maman ayant adhéré à la culture polynésienne a tenu à en respecter ses principes. Je n’en ai pas non plus le souvenir.

Par ailleurs, j’ai le souvenir de l’école dans laquelle j’ai grandi. En effet toujours les mêmes questions à l’école, « Pourquoi tu ne ressembles pas à ta maman et ton papa? Pourquoi tu n’as pas la même couleur de peau? Tu n’es pas comme tes parents? » et j’en passe. A l’école je n’étais ni noir, ni blanche. Et je ne rêvais que de ça, être comme mes copines, blanche avec les cheveux longs, blond et lisse. Ce fut la triste suite de mes nombres traumatismes, car en effet, j’aimais qu’on me remarque à travers ma joie de vivre et de ma passion pour les choses qu’une petite fille de 5,6,7,8 ans aime. Je ne trouvais ma place nulle part, déraciné, je n’avais aucun reflet tant physiquement que psychiquement. J’étais en mal d’amour et de ressemblance.

Mais derrière tout ça, j’aimais ma famille plus que tout au monde. Mes parents ont d’ailleurs divorcé après la mort de ma petite sœur adoptée au Vietnam deux ans et demie après moi. Elle avait un problème cardiaque et est décédé à l’âge de 6mois. Donc à partir de mes 3ans j’ai grandi avec ma mère et voyait mon père un week-end sur deux… Pour me rassurer quasiment toutes les nuits je faisais pipi au lit, je finissais donc par dormir avec ma mère. J’avais pour habitude de lui tenir la main en m’endormant par peur qu’elle aussi s’en aille, comme ma famille biologique, ou comme ma petite sœur. Je n’ai réussi à dormir chez mon père que très tard. Autant ma mère a toujours été une femme forte, autant mon père était un gentil, un tout doux, un pacifiste. Je n’ai jamais été rassurée par mon père, trop sensible pour moi il ne m’a jamais montré sa force de caractère et sa protection. Il m’a élevé en étant une princesse solitaire. Je m’explique mon père avait ses habitudes même lorsque j’étais chez lui le week-end. 8h lecture du journal dans son café favoris, il me collait devant la télévision avec mon petit déjeuner. Il rentrait le débarrasser vers 10h et partait faire de la course à pied une heure. Il rentrait me faisait a mangé, je restais devant la télé et il me servait. Il mangeait quant à lui dans la cuisine. Il partait ensuite faire du vélo et ne rentrait que vers 16h 17h. Je passais donc mes journées seules. Ayant peur de présumés cambrioleurs et étant seule vers l’âge de 6,7ans je cachais des couteaux dans toute la maison. Et j’appelais ma mère… Qui elle n’a jamais vraiment eu de vie même lorsque j’étais en « week-end » chez mon père.

Donc j’ai toujours en plus d’avoir besoin d’être aimée, j’ai eu le besoin de me sentir en sécurité très tôt. Pour une jeune fille c’est souvent le père qui endosse ce rôle-là. Malheureusement pour ma mère, elle a dû assumer ces deux rôles tout au long de mon enfance et adolescence. A l’âge de 10ans j’ai arrêté d’aller chez ma nounou, je rentrais donc du collège seule et me retrouvais seule à la maison. De fil en aiguille je me suis mise à fréquenter des jeunes filles avec plus ou moins des problèmes familiaux. Puis descente aux enfers, j’ai commencé à sortir. A l’époque j’avais un petit ami qui m’a fait découvrir le premier smack… Puis qui m’a brisé le cœur et inventé tout plein d’histoire à mon sujet au collège. Je me suis donc retrouvé à vagabonde entre le collège, et la rue. J’y ai rencontré un jeune homme, fort de personnalité, il représentait la sécurité, je l’ai donc vu plusieurs fois et suivi dans ces propositions. Il m’a appris à aimer, ou du moins à l’époque je pensais que c’était ça aimer. Qu’il fallait se donner…! J’ai donc fait des actes qui me paraissaient anormales mais j’avais l’impression d’être aimé. Ce garçon avait 16 ans. Quand j’ai commencé à avoir peur de ce garçon. J’ai fini par ne plus sortir. Je vous épargne la fin de l’histoire lorsque l’on s’est croisé par hasard dans le hall d’un immeuble d’une de mes « amies ». C’est à cette époque-là que j’ai appris que le besoin d’être aimé, mais aussi la naïveté de l’enfance pouvait me coûter chère et me poursuivre toute ma vie. (Je ne suis pas venue témoigner de ce traumatisme là mais bien des conséquences que peut avoir une adoption).

Je vous laisse donc imaginer de tels séquelles sur une enfant de 10ans. Tentative de suicide, auto humiliation, perte de confiance en moi… Je suis rentrée dans un monde d’adulte qui me paraissaient sans pitié. D’ailleurs les policiers de l’époque n’ont eu aucunes difficultés à sous-entendre à ma maman je cite « S’il est arrivé ce qu’il est arrivé à votre fille c’est surement dû à ses origines. On le sait bien les filles des îles… » Année 2004. Encore une fois on renvoie à ma mère des traits de « ma communauté » que moi je n’ai jamais connu. Donc je dirais que le traumatisme de l’adoption ce besoin viscéral d’être aimé m’a malheureusement mise dans cette situation. Ça m’a clairement amené à un autre traumatisme qui me suivra jusqu’à présent.

A l’âge de 14ans, j’ai reçu une lettre de ma famille biologique, ma grande-sœur… qui disant qu’elle ne savait pas si elle écrivait à la bonne personne mais qu’elle était en France et que si jamais c’était la bonne adresse elle laissait son numéro de téléphone. J’ai donc appelé avec à mes côtés ma mère qui n’avait qu’une seule peur c’était de me perdre. Nous avons donc convenu de nous rencontrer à Marseille. Ma sœur est mère de famille, mariée et elle a accueilli mon grand-frère de Polynésie pour les vacances. Je suis donc allée à Marseille avec ma mère. De là moment très émouvant des pleures des embrassades. Nous avons passés 3 nuits et deux jours ensemble. C’est là où ma grande sœur m’a raconté AU RESTAURANT devant ma mère, que ma mère biologique n’a jamais voulu me faire adopter, qu’elle l’a toujours regretté. Avec les années je me rends compte que c’était très malvenu de sa part de raconter ce genre de chose devant ma mère. Qui elle a demandé à plusieurs reprises si ma mère Biologique était d’accord et que si elle hésitait il fallait le dire. Elles ont passés des semaines voir des mois à en parler. Ma mère voulait être sûre et ne voulait pas avoir l’impression d’arracher ou de voler un enfant à sa famille…! Ma mère biologique a toujours dit qu’elle était, est et resterait sûre de son choix. J’en ai toujours voulu à ma mère biologique de m’avoir abandonné alors qu’en Polynésie ils voient ça comme confier leur enfant à quelqu’un, pour un meilleur avenir. Je suis restée en contact avec ma famille biologique, j’ai rencontré plusieurs fois ma sœur avec sa famille qui elle avait sa vision des choses et soutenait par moment que notre père n’était pas au courant de l’adoption. J’ai eu la chance de parler avec mon père biologique par Skype un an avant qu’il décède. Je ne connaîtrais jamais mon père biologique, comme quoi la plupart des hommes de ma famille aiment fuir.

J’ai fini par rencontrer ma mère biologique à l’âge de 23 ans. Lorsqu’elle est venue en France, j’ai grandi grâce à ma maman dans des ambiances tahitiennes à travers des associations. J’ai donc eu la chance d’apprendre depuis bébé de ma culture. Le jour de l’arrivé de ma mère biologique je l’ai accueilli comme les polynésiens le font. Un orchestre tahitien et une danse ainsi que des fleurs que ma mère lui a apportées. J’ai été très étonnée de leur lien… Elles étaient comme connectées. Nous avons pu discuter en tête à tête avec ma mère biologique. J’attendais des réponses à mes questions et elles ne sont jamais arrivées. Maintenant adulte j’ai pu comprendre que ma mère biologique a surement oublié, les circonstances, l’histoire et même les sentiments de mon adoption. Elle ne comprenait pas que je lui en veuille et j’ai fini par lui pardonner… Parce que finalement elle ne me dira jamais ce que j’aurais aimé entendre.

Aujourd’hui, je suis mère à mon tour, et je ne souhaite en aucun cas adopter. Tout d’abord pour tout ce que j’ai vécu, je ne souhaite pas faire vivre ça à aucuns enfants dans ce monde. Être tiraillée entre ce que la société me renvoie de devoir remercier d’avoir eu l’opportunité de grandir en France et la réalité de mes émotions et de mon vécu. Dans le fait de ne me reconnaître dans aucune des personnes qui ont pu m’entourer même si je ressemble à ma mère et que j’en suis extrêmement fière. Mais aussi pour ça pour ma mère, pour tout ce que je lui ai fait vivre et pour tout ce qu’il vit encore. Le fait d’avoir eu l’impression de ne pas m’avoir donné une vie assez bien, le fait d’avoir l’impression d’avoir détruit ma vie. Le fait d’avoir l’impression de ne pas avoir fait assez. Le fait de ne pas avoir été une bonne mère tout simplement.

L’adoption, c’est un traumatisme qui te suit toute ta vie en tant que femme plus particulièrement, car lorsque tu es enceinte tu as l’impression de voir le bout du tunnel mais finalement toutes les angoisses et les questions en lien avec ta naissance à toi remonte. Toutes ces questions de ressemble à la naissance et encore actuellement te reviennent en plein face tel un vent du Nord sur un pont de Lyon à te glacer les joues. La question de l’abandon lorsque tu es à bout de force à la maternité dans le fait de laisser ton enfant quelques heures avec les sages-femmes pour avoir un moment de répit pour dormir revient comme si tu avais été abandonné la veille et que tu faisais vivre ça à ton enfant pour qui tu ne veux en aucun cas qu’il vive ce que toi tu as vécu toute ta vie.

Voilà un résumé, de ces étapes que j’ai pu vivre dû à l’adoption. Les conséquences psychologiques sur moi ont été dévastatrices et j’en ai encore des séquelles. J’ai des traits borderline et je dois vivre avec. J’ai été suivi des années par morceaux finalement à l’image ce que qu’a pu être ma vie. Des morceaux de traumatismes accumulés.

Par La Parole Aux Adoptés

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