Catégories
témoignages

#18 Je voulais savoir si d’autres personnes ressentent ou ont déjà ressenti un tel désarroi avec les émotions qui les traversaient ?

Bonjour à tous !

Je ne sais pas trop comment exprimer ma pensée mais j’ai décidé de me lancer car je vis une période assez compliquée émotionnellement parlant. Tout d’abord, je vais commencer par le début. Je m’appelle Sandra Dupont, je suis une jeune femme de 21 née à Fianaranstoa dans le beau pays de Madagascar le 3 avril 1999. J’ai été adoptée à l’âge de 2 ans et demi car ma mère biologique ne pouvait pas s’occuper de moi pour cause d’extrême pauvreté. Je n’ai pas été abandonnée dans le terme où on l’entend mais j’ai dû être séparée de ma mère qui devait partir travailler à l’autre bout du pays. Elle m’a donc confiée à une assistante sociale qui s’occupait d’adoption. Et c’est en septembre 2001 que je fis la rencontre de mes parents adoptifs (ou parents de coeur) qui sont venus me chercher là bas. Je me suis rapidement adaptée à ma nouvelle vie, nouveau pays et nouveaux parents : je les avais adopté à mon tour 🙂 La chance, je dirais même la bénédiction que j’ai eu est d’avoir toujours eu des contacts avec mon pays d’origine, avec l’assistante sociale (Julienne) ainsi que par le biais de ses enfants venus finir leurs études en France.

J’ai toujours su d’où je venais, j’avais également des photos de ma mère biologique ainsi que de ma grand-mère (decédée en 2005). Très vite, je réclamais à mes parents de retourner à Madagascar. Étant enfant, je ne savais pas exactement ce que je cherchais mais je ressentais qu’il y avait quelque chose qui manquait. Je me sentais bien avec mes parents, ils m’ont bien élevée et m’ont inculquée de belles valeurs mais il est vrai que j’étais assez renfermée sur moi-même, ne faisant pas de vagues car je craignais qu’on ne me laisse. Mes relations avec les autres se faisaient difficilement car je n’osais pas aller vers les autres de peur qu’ils ne me jugent ou ne veuillent pas de moi. Je parlais peu et n’exprimais pas mes émotions (à part la joie). Mon adolescence s’est bien passée, je n’ai pas fait la fameuse crise caractéristique de cette période mais le besoin de retourner a Madagascar se faisait plus pressant. Le manque de confiance et surtout l’estime de soi était à son paroxysme, je souffrais de la différence c’est-à-dire par rapport à mes amis qui me racontaient l’histoire de leur famille (l’ascendance). Ma famille est très gentille mais je sentais un peu à part . Ce n’est qu’a l’âge de 19 ans (en août 2018) que j’ai entrepris de faire le voyage retour aux racines. Et cela sans que mes parents m’accompagnent. Ils m’ont quand même soutenue et aidée. C’est accompagnée par un des enfants de l’assistante sociale que j’y suis allée et j’ai rencontré ma mère biologique, qui nous a accompagnés pendant presque toute la durée du voyage. Ce fut un véritable cocktail d’émotions auquel je ne m’attendais pas de vivre. Ce fut une très beau voyage où j’ai pu prendre connaissance d’une grande partie de ma famille ainsi que le village d’origine de ma famille. Au retour de ce voyage, j’avais l’impression d’avoir rêvé et j’ai mis du temps à réaliser. En effet, je n’en ai pas tellement parlé avec mes parents ni même mes amis ou alors avec une certaine distance. Ce n’est qu’un an après que toutes ces émotions me sont revenues en pleine figure (comme si elles ne revenaient que maintenant de Madagascar) et je me suis sentie submergée. La première phrase que ma mère biologique m’a dite ce fut une phrase d’excuse qu’elle a dit en pleurant. Cela m’avais énormément touchée. Mais avec du recul, un an après j’ai ressentie de la colère que je dirigeais contre moi-même car je me sentais fautive dans son choix, que je lui  » avais gâché la vie « . Puis de la culpabilité de l’avoir a mon tour « abandonnée » quand j’ai dû repartir en France. J’avais trouvé des réponses et de l’apaisement quant à la quête d’identité mais je me noyais dans ce cercle vicieux d’émotions que je n’arrivais pas à gérer. D’autant plus que lorsque j’ai rencontré une bonne partie de ma famille biologique je m’attendais à m’identifier à eux plus que dans ma famille de coeur mais je me suis sentie complètement étrangère. Du fait des coutumes totalement différentes : je me sentais inférieure a eux au niveau de leur gentillesse, leur accueil et leur grand coeur (je me sentais carrément illégitime).Je me sentais de trop. Là où j’ai pu constater que les émotions liées à l’adoption enfouies jusqu’alors (voire niées dans l’enfance) s’étaient reveillées est lorsque j’ai ressenti la terreur de l’abandon. J’ai une relation qui dure depuis 3 ans maintenant, et lors d’une situation avec un ami que nous avons en commun, j’ai eu peur (mais une peur au delà de la terreur) qu’il m’abandonne (pire que si il me quittait). Pour ne pas le blesser, j’ai gardé ça pour moi. Mais trop longtemps sous contrôle, telle une cocote minute, c’est ressorti puissance maximale il y a trois jours où j’ai libéré toutes ces émotions et de l’abandon, du rejet mais aussi celles ressenties à Madagascar.

Je me suis sentie complètement perdue et j’ai compris qu’il fallait que je fasse un travail sur moi-même pour pouvoir avancer et mettre les choses au clair mais j’ai tellement explosée en terme d’émotions que je me sens très fragile. Je ne sais pas qui je suis (malgré la connaissance que j’ai de mon histoire ainsi que le voyage en 2018), ce que je veux, comment exprimer mes émotions. Je voulais savoir si d’autres personnes ressentent ou ont déjà ressenti un tel désarroi avec les émotions qui les traversaient ?

Je crois que mon texte est très long, je souhaite bien du courage a ceux qui me liront 😉 J’avais besoin de vider mon sac et de m’exprimer sur un site où des gens peuvent me comprendre.

Par La Parole Aux Adoptés

Espace pour les personnes adoptées, les personnes placées ou pupilles de l'état, orphelines. Ici, vous pouvez partager anonymement votre histoire, vos ressentis et pensées sur le fait être adoptée et votre adoption . Et cela sans crainte de jugement ou invalidation.